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Sécurité sociale de l'alimentation : comment ça marche ?

  • julieredacweb
  • 4 mai 2025
  • 5 min de lecture

Dans la commune de Brioude, en Haute-Loire, une association s’est lancée dans une expérimentation audacieuse : instaurer une Sécurité sociale de l’Alimentation (SSA). Ce projet novateur pourrait révolutionner notre rapport à l’alimentation, tout en répondant à des enjeux sociaux, économiques et écologiques majeurs.



carte vitale d'assurance alimentation
Crédit image : Collectif SSA


Répondre à une urgence sociale

 

L’idée de la Sécurité sociale de l’Alimentation n’est pas nouvelle, mais elle gagne en popularité dans l’Hexagone. Ce projet, mûrissant depuis 2017 en Suisse, en Belgique et en France, part d’un constat alarmant : des millions de personnes souffrent de malnutrition dans nos pays. Fin 2024, l’UNICEF alertait qu’un enfant français sur cinq ne mangeait pas trois repas par jour. Un étudiant sur deux déclare limiter ses achats alimentaires ou y renoncer et face à l’inflation, un tiers des Français·es saute des repas.


Les structures de l'aide alimentaire subissent, elles aussi, cette crise. En septembre 2023, le président des Restos du Cœur, Patrice Douret, lançait un cri d'alerte : submergés, les Restos du Cœur étaient contraints, pour la première fois, de refuser des bénéficiaires, et risquaient de mettre la clé sous la porte. Une situation sans précédent depuis leur création en 1985. Parallèlement, les agriculteurs bio ou en conversion peinent à joindre les deux bouts, tandis que le GIEC alerte sur l’impact des pratiques agricoles intensives sur l’environnement.



des bénévoles s'activent pour préparer des paniers d'aide alimentaire

Face à ces défis, la SSA se présente comme une réponse ambitieuse. Ce projet vise à créer de nouveaux droits sociaux, articulés autour de trois piliers : garantir un droit à l'alimentation, soutenir les agriculteurs et protéger l'environnement.

Mais pour créer une nouvelle contribution collective et la transformer en un nouveau droit social, le processus demande du temps et de l’organisation. Une expérimentation à petite échelle est nécessaire pour commencer. 


Comment installe-t-on une Sécurité sociale de l’Alimentation locale ? Par où démarrer et qui impliquer ? Comment fonctionne une SSA ? Ce sont les questions que nous avons posées à Clémentine Seyve, animatrice au sein de l’association dASA, qui dessine un projet de Sécurité sociale de l’Alimentation depuis plusieurs mois. Retour de son témoignage.


Quels outils pour lancer un projet de Sécurité sociale de l’Alimentation ?


Le démarrage d’une SSA repose sur une organisation rigoureuse et une étape essentielle : l’expérimentation locale. À Brioude, tout a commencé par une rencontre. Celle entre une association d’accompagnement de projets locaux (Développement Animation Sud Auvergne - dASA), et une Association Départementale pour le Développement de l'Emploi Agricole et Rural (ADDEAR). L’une travaillait avec des associations d’aide alimentaire. L’autre, proposait les conférences gesticulées de Mathieu Dalmais, agronome et militant pour une SSA, sur le territoire. Puis, une évidence pour les bénévoles.


Un partage d’expériences et d’informations a eu lieu entre les deux associations. Pendant 6 mois, il a fallu faire parler de l’idée, former les habitants sur ce qu’était la Sécurité sociale de l’Alimentation et leur donner envie d’en créer une localement, organiser des réunions publiques et des ateliers. L’objectif était donc d’informer et de former pour recruter un maximum de personnes intéressées de participer à l’expérimentation. Pour cela, les ressources du Collectif pour une Sécurité sociale de l’Alimentation ont été précieuses.




Côté producteur·ices et paysan·nes, les discussions étaient ouvertes et fertiles. Ils et elles étaient intéressé·es par l’idée de pouvoir nourrir davantage de personnes, aux moyens d’une contribution collective. C’est le reste de la population locale qui a été le plus difficile à convaincre. Selon Clémentine, au début, le projet leur a paru au mieux utopiste, au pire invraisemblable. Mais à force de répétition, plusieurs personnes ont fini par adhérer au projet.


Une personne du secours catholique a été convaincu au bout du 6e mois de nos rencontres. Il a fallu persévérer et agrandir notre réseau. Aujourd’hui, nous sommes une dizaine à travailler sur le projet.

Comment fonctionne une Sécurité sociale de l’Alimentation ?


Inspiré de la Sécurité sociale médicale, le projet de la SSA prévoit de collecter une somme par habitant redistribuée sous forme de crédits alimentaires. Ces crédits permettent d’acheter des produits bio ou locaux de qualité, favorisant à la fois une meilleure santé et des pratiques agricoles durables.


La SSA est un projet pour l’instant local, qui s’expérimente dans de nombreux départements, à l’initiative généralement d’associations du terrain.


Quels produits sont remboursés par la SSA ?


De par sa mise en œuvre locale, il existe différents critères d’attribution et de collecte. À Brioude, l’ambition était de ne pas être excluant envers les producteurs locaux. 


Ainsi, le collectif a délibéré sur une sélection de critères nécessaires pour que les maraîcher·es et les producteur·ices soient intégrés dans le processus : 


  • Produits peu ou pas transformés.

  • Aliments bio ou produits dans un rayon de 30 km.

  • Fruits régionaux et fromages AOP.

  • Points de vente partenaires, avec un accompagnement proposé pour les personnes éloignées afin de soutenir leur inclusion et le lien social.


Ces critères visent mettre en lien les participant·es et les producteur·ices. Ils encouragent aussi des pratiques agricoles vertueuses tout en participant à améliorer la santé des habitants.



Qui finance la Sécurité sociale de l'alimentation ?


L’expérimentation, qui débutera en septembre 2025 repose sur des contributions volontaires et solidaires. Chaque participant·e cotise selon ses moyens, avec un montant minimum fixé.  Une grille de cotisation permettra aux participant·es d’estimer la cotisation juste à donner chaque mois en fonction de leur revenu/reste à vivre. Le montant redistribué est le même pour tous·tes. Après, libre choix aux participant·es de l’utiliser en entier ou pas.

Cela reviendrait à une petite centaine d’euros par personne par mois à dépenser dans les magasins éligibles.


En complément, le collectif sollicite des mécènes et des aides publiques.


Vers une Sécurité sociale de l’Alimentation nationale ?


Ce projet est-il réplicable à l’échelle du pays ? Pourrait-on voir naître une Sécurité sociale de l’Alimentation identique à la Sécurité sociale de santé que nous connaissons depuis 1945 ?  Selon certaines sources, il semblerait que ce ne soit pour l’instant pas la volonté du collectif national.


“La démocratie est très importante dans ce projet, alors le confier au gouvernement, pour l’instant, ce n’est pas envisageable.”

Si de nombreuses expérimentations ont lieue partout en France, le projet bénéficie néanmoins d’une autonomie locale. L’État pourrait être intéressé par les enjeux sanitaires liés à la qualité de l’alimentation des français·es, mais ce n’est clairement pas la priorité du gouvernement actuel, plutôt obsédé à couper toutes les dépenses sociales.


À Brioude, les élus de la majorité (divers droite) restent distants, tandis que l’opposition (écologistes et LFI) soutient globalement le projet, mais rien d’officiel dans le cadre des municipales de 2026, pour l’instant.


L’expérimentation de la SSA à Brioude débutera en septembre 2025 et un premier bilan sera dressé à la fin de l’année. 


participante a la sécurité sociale de l'alimentation

Agir pour une alimentation solidaire : et si vous construisiez, vous aussi, votre Sécurité sociale de l’Alimentation ?


La Sécurité sociale de l’Alimentation n’est pas une utopie, mais une solution concrète pour répondre aux défis sociaux, environnementaux et économiques de notre époque. En s’appuyant sur la solidarité, elle réinvente notre rapport à l’alimentation, et place la justice sociale et la transition écologique au cœur de nos priorités.


Chaque initiative locale, comme celle de Brioude, est une preuve qu’un changement est possible à condition de s’organiser, de sensibiliser et de mobiliser. Ce modèle peut être adapté à votre territoire, qu’il s’agisse de soutenir les agriculteurs bio, d’améliorer la qualité de vie des plus précaires ou de renforcer les liens entre habitant·es.


Alors, pourquoi ne pas devenir, vous aussi, acteur ou actrice du changement ? Rapprochez-vous des collectifs existants ou initiez une réflexion dans votre commune. Une Sécurité sociale de l’Alimentation, c’est plus qu’un droit : c’est une vision d’avenir que nous avons le pouvoir de réaliser.


Agissez à Brioude : le collectif est ouvert à de nouvelles personnes pour co-construire le projet. Vos dons sont aussi précieux. N’hésitez pas à les contacter sur alim.solidaire43@gmail.com





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