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Quelles routes pour un futur durable ? L'exemple de la lutte contre l'autoroute A69


Depuis plus d’un siècle, notre mobilité n’a cessé d’évoluer, changeant drastiquement la face de nos territoires. De nombreuses routes ont vu le jour, de multiples autoroutes se sont créés, rasant des milliers d’hectares de terres agricoles ou de forêts. Si ces nouvelles grandes routes nous ont permis de maximiser le transport de marchandises, d’aller toujours plus vite et toujours plus loin, elles ont aussi profondément modifié nos paysages, nos façons de nous déplacer et nos relations avec les petites villes et les villages.


Parce que oui, aujourd’hui c’est facile de prendre l’autoroute pour se déplacer entre deux grandes villes. Il suffit d'ouvrir une carte routière pour s'en rendre compte : maillée par le réseau routier le plus important d’Europe, la France est traversée par 1 079 072 kilomètres de routes (contre 27 057 kilomètres de voies ferrées).



Sauf que voilà, aujourd’hui, l’heure n’est plus à construire de nouvelles routes. Les scientifiques le disent : on ne peut plus se permettre de détruire des zones naturelles et de bétonniser de nouvelles terres.


D’ailleurs, dans la loi climat de 2021, le gouvernement s’est engagé à la Zéro Artificialisation Nette. L'objectif est que d'ici à 2030, on divise par deux la surface nouvellement construite sur le territoire, que ce soit pour faire des routes, des logements ou des zones commerciales, pour atteindre le "zéro artificialisation nette" en 2050. Les communes sont plutôt encouragées à réutiliser des friches ou encore mieux, à recycler des zones non utilisées en les rendant à la nature.


Imagine, les routes d’un futur durable


Si on se met à imaginer le type de routes que nous devrions développer pour un futur durable et désirable, on doit penser en premier lieu aux mobilités douces. On imagine alors surtout des routes nationales ou départementales en bon état, rénovée avec des matériaux durables, des routes optimisées, sécurisées aussi bien pour les voitures, que pour les transports en communs et les cyclistes.


On imagine des routes bordées d’arbres centenaires qui nous protègent de la chaleur étouffante ; des routes qui longent des zones naturelles qui abritent de nombreuses espèces locales ; des routes qui traversent notre territoire par ses villages et ses faubourgs, où l’on pourrait s’arrêter prendre un café au bistrot du coin, arpenter les ruelles et découvrir les petits commerçants pour se dégourdir les jambes.


On imagine des routes connectées entre des voies ferroviaires et des pistes cyclables, pour valoriser les déplacements intermodaux et la mobilité douce.


Mais surtout, on imagine des routes gratuites, sans péage.


On imagine donc plein de choses, sauf le développement d’axes autoroutiers.


Ce qui empêche ce monde durable d’exister


Le problème, c’est que l’État ne fait que se désengager de l’entretien des routes depuis le début des années 2000. Avec la privatisation des autoroutes, c’est aujourd’hui 2/3 des axes autoroutiers qui remplissent beaucoup les poches du privé. Et ça ne s’arrête pas. De plus en plus de parcelles de routes nationales, construites donc grâce aux impôts, sont cédées aux compagnies privées. Parce que les autoroutes, les périphériques et autres types de voies express, c’est très, très lucratif.


Alors qui voudrait donc se passer de l’opportunité d’en construire davantage ? Certainement pas les Sociétés concessionnaire d'autoroutes


En ce moment, il y a plusieurs dizaines de nouveaux projets routiers qui menacent de détruire des zones naturelles, d’augmenter la pollution et de rendre encore un peu plus nos territoires dépendants de la voiture. Ces projets vont à contre-sens de l’urgence climatique.




Ils ne respectent pas l’engagement de l’État de la loi climat. Ils sont destructeurs, à courts et à longs termes, parce que la métropolisation et l’urbanisation empiètent sur les terres agricoles, parce que ce sont des milliards d’argents publics qui pourraient être utilisés dans le développement de voies cyclables ou de voies ferroviaires. Il est impensable de voir émerger autant de nouveaux projets écocides, dans un silence assourdissant, venus d’un autre temps, des projets de destruction de biodiversité, de pollution de l’air, de dévastation de zones naturelles, sans l’accord d’aucun citoyen·ne·s concerné·e·s, sans aucune ambition de démocratie locale.


Les décisionnaires : les concessionnaires routiers privés, un lobby routier puissant et des élus locaux, au sein d’accords opaques.


Des collectifs qui luttent pour une autre route


Heureusement, des collectifs sont là pour s’opposer coûte que coûte à ces projets destructeurs. Depuis janvier 2022, une cinquantaine de collectifs se sont rassemblés au sein de la coalition nationale La Déroute des routes pour unir leurs forces aux quatre coins de la France et résister à la politique du tout-routier.


manifestation contre le projet d'autoroute A69
Photo de la manifestation Le Mur A69. Crédit : La Voie est Libre


L’exemple de La Voie est Libre contre l’autoroute A69


La voie est libre, par exemple, est un collectif de citoyens et citoyennes, âgé·es de 2 à 75 ans, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, qui lutte depuis des années contre un projet autoroutier entre Castre et Toulouse, l’autoroute A69.


Nous avons interviewé Thomas Digard, membre du collectif, qui nous a expliqué le projet plus précisément.


Le projet A69 a vu le jour au XXe siècle, dans un contexte climatique et social très différent de celui d’aujourd’hui. Il vise à faire gagner 15 minutes de trajet sur la route entre Castre et Toulouse (comparé à l’utilisation de la RN126 actuelle, ou 35 minutes d’après la DREAL après aménagement de la RN126 en départementale, aménagements visant à ralentir le trafic par la création de multiples ronds-points et ralentisseurs). Selon l’association La voie est libre, l’autoroute qui relierait Toulouse à Castres serait inutile, chère et écocidaire.


présentation du projet autoroute A69
Image représentant le projet de l'A69, par le collectif La Voie est Libre

"Il n’y a aucun argument pour justifier un tel projet. Le projet concerne moins de 8 000 véhicules par jour sur 75% de l’itinéraire (trafic enregistré par la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL) Occitanie en 2019, NDLR). Cela ne représente rien comparé au niveau de saturation d’une nationale. Pour justifier la construction d’une telle route, il faut que cela concerne au moins 20 000 à 25 000 véhicules par jour et en dessous de 10 000 véhicules, il n’y a même pas lieu d’imaginer un tel projet. (le niveau de saturation d’une nationale est admis à 30 000 véhicules par jour. NDLR)” selon Thomas Digard, membre du collectif LVEL.


Ce projet autoroutier de 54 km, serait construit en parallèle de la Route Nationale, avec pour argument “le désenclavement” de la ville de Castre. Pourtant, la ville n’est pas enclavée puisque la route nationale existe et n’est absolument pas saturée.


Il serait concédé à une entreprise privée. Plusieurs déviations existantes, actuellement gratuites et construites grâce à l’argent public, y seront intégrées et cédées pour devenir payantes au profit du privé.


Ce projet est la conséquence du désengagement de l’État, qui abandonne ses responsabilités en matière d’infrastructures, en privatisant notamment le réseau routier existant. C’est du vol d’argent public. ” s’indigne Thomas.


manifestation contre l'autoroute A69 entre Castre et Toulouse
Rassemblement de militant·es contre le projet d'autoroute A69, printemps 2023, Crédit photo La Voie est Libre

Côté environnement, cette construction d’autoroute n’est pas non plus sans dommages puisqu’elle engendrera l’artificialisation 400 Ha de terres agricoles et boisées, et l’arrachage de milliers d’arbres centenaires, précieux dans la lutte contre la pollution de l’air et les canicules. D’ailleurs, personne ne comprend comment a pu être délivrée l’autorisation environnementale pour ce projet. Les associations locales ont décidé d’attaquer cette décision en justice.


Depuis, les militantes et militants qui luttent contre ce projet demandent un arrêt des travaux en attendant le jugement de ce recours. Pourtant, des abattages d’arbres ont déjà commencé. En réponse, les collectifs sont montés au créneau et ont organisé plusieurs actions et manifestations (voir la vidéo de Partager C’est Sympa sur la manifestation Le Mur de l’ A69 organisée au printemps 2023).


Septembre 2023 a marqué de nouvelles mobilisations, avec la demande du collectif d’être reçu par Carole Delga, présidente de la région Occitanie et Clément Beaune, Ministre des transports, afin de leur présenter un projet alternatif à l’autoroute A69. Face au silence de l’État, et au déni de démocratie, de nombreuses personnes du collectif se sont mises en grève de la faim et ont décidé d’installer des tentes perchées dans les arbres, pour empêcher les travaux de commencer. Ces personnes courageuses, surnommées “Les écureuils” résistent tant bien que mal à la pression et la répression policière déployée.


Thomas Brail, l’une des figures du mouvement et fondateur du GNSA (Groupe National de Surveillance des Arbres) s’est perché dans les arbres menacés d’arrachage, mais aussi en face du Conseil Régional et du Ministère de la Transition Écologique afin de demander aux élus de recevoir le collectif, d’arrêter les travaux le temps du jugement et d’entendre la proposition du projet alternatif que les citoyens et citoyennes proposent : Une Autre Voie.


Thomas Brail militant écologiste GNSA La voie est libre
Thomas Brail le 12 septembre 2023. - © GNSA via Twitter


Contre la construction d’une autoroute, un projet alternatif et écologique


Face au projet autoroutier complètement hors-sol imposé par les services publics et les concessionnaires d’autoroute, le collectif La Voie Est Libre a misé sur la proposition d’un projet alternatif. Ce projet s’appelle Une autre voie et propose l’aménagement de routes durables aussi bien écologiquement parlant qu’économiquement.


Avec ce projet, nous avons souhaité ne plus être que des personnes qui luttent, mais être aussi des personnes qui œuvrent pour le territoire.” nous dit Thomas.


Dans ce projet, imaginé et mis en page par le paysagiste et urbaniste Karim Lahiani, la route du futur est pensée autour de 3 voies de transports interconnectées et multimodales :

  • Une route nationale sécurisée et équipée pour les transports en commun et l’autopartage,

  • Une Véloroute Nationale pour les trajets courtes distances et pour décharger la RN,

  • Une ligne ferroviaire plus efficace, avec plus d’arrêts, des trains longs et des trains courts pour être compétitive face à la voiture individuelle.

Le projet une Autre Voie ne s’arrête pas aux modalités de transports. Le collectif a pensé cette alternative comme un véritable projet de redirection productive, artisanale et industrielle.


Projet alternatif à l'autoroute A69 par le collectif La voie est libre
Projet alternatif à l'A69, par le collectif La Voie est Libre

Le projet a prévu ainsi d’avoir un impact positif sur le patrimoine, les activités économiques, et les paysages. Il permettra aussi de commencer l’adaptation bioclimatique du territoire face aux canicules.


Le collectif La voie est Libre a fait des pieds et des mains pour remettre au ministre des Transports (Clément Beaune) et à la Présidente de région (Carole Delga) ce projet construit avec sérieux. Deux députés NUPES de la Haute-Garonne, Anne Stambach-Terrenoir et Hadrien Clouet se mobilisent à leurs côtés pour tenter d’interpeller le ministre et faire le pont avec la présidente de la région.


Malheureusement, cela fait des semaines que les pouvoirs publics rechignent à recevoir le collectif pour prendre connaissance du projet.

Il semble que l’État veuille coûte que coûte voir aboutir ce projet autoroutier privé (payant), destructeur et néfaste. Pourtant, la route du futur se doit avant tout d’être une route construite démocratiquement. Un futur joyeusement écologique, ne peut être joyeux sans démocratie.



Comment soutenir le collectif La Voie est Libre ?

Si ce projet vous touche, vous aussi, et que vous souhaitez aider le collectif à se faire entendre, voici ce que vous pouvez faire :


Vous habitez sur le territoire en Occitanie :

  • Contactez La Voie Est Libre par email pour participer à la campagne de présentation du projet Une Autre Voie et réaliser du tractage dans votre secteur.

  • Soutenez le collectif en vous rendant sur les lieux de mobilisation. Venez planter une tente, apporter à manger aux Écureuils qui protègent les arbres menacés, venez leur parler et les soutenir. Votre présence est primordiale pour leur moral.

  • Venez aux évènements et rassemblements organisés par le collectif. Abonnez-vous à leurs réseaux sociaux pour être informé de différentes mobilisations en direct.


Vous n’habitez pas sur le territoire :

  • Interpellez les élus sur les réseaux sociaux, faites le lien entre le collectif et le gouvernement,

  • Faites des dons à LVEL pour aider le collectif à payer les déplacements et la bataille juridique en cours, ainsi qu’au GNSA pour aider à payer le matériel de grimpe, les amendes aux militant·e·s, leurs déplacements et leurs repas.


La prochaine grande mobilisation du collectif, 2e Édition du “Ramdam sur Macadam” se tiendra le 21 et 22 octobre 2023. Venez !


D’autres projets destructeurs, d’autres collectifs engagés


Sachez qu’il existe plus d’une cinquantaine de collectifs comme La Voie est Libre et même une coalition nationale de ces collectifs contre les grands projets routiers, ça s’appelle La Déroute des Routes. Leur demande ? Un moratoire sur tous les nouveaux projets routiers.


Le Pays de Galles et les Pays-Bas l’ont fait, les états se sont engagés à ne plus construire une seule nouvelle route.


Alors, si on le faisait nous aussi ?

 

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